Livre Quand les services secrets avaient raison : De 1940 à nos jours
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Quand les espions ont raison… et que personne ne les écoute
DÉCLASSIFIÉ. Daech, 7 Octobre, Diên Biên Phu, Irak… Dans un livre passionnant, l’historien Maurin Picard revient sur de nombreux échecs majeurs qui auraient pu être évités si les responsables politiques avaient écouté leurs services de renseignement.
de la police secrète qui couvre de louanges le « petit père des peuples » et fustige ceux qui affirment que l’Allemagne va rompre le pacte germano-soviétique pour attaquer la Russie. Le verbatim de la conversation fait sourire : « J’insiste une fois de plus pour que nous rappelions et punissions notre ambassadeur à Berlin, qui me bombarde de soi-disant rapports sur les soi-disant préparations de Hitler. Mais mes hommes et moi avons gravé dans notre mémoire votre sage conclusion : Hitler n’attaquera pas en 1941 ! » Quinze minutes après cette discussion, le tonnerre foudroie les unités soviétiques de première ligne. L’opération Barbarossa vient de commencer.
L’URSS n’a rien vu alors qu’elle possédait les meilleurs services de renseignement du monde. Et quelques maîtres espions comme Richard Sorge, à Tokyo, qui tirait la sonnette d’alarme depuis des mois. Mais aussi le réseau « Orchestre rouge » à Berlin ou encore l’agent « Breitenbach », un policier de la Gestapo travaillant pour les Soviétiques depuis 1929. Mais la terreur stalinienne a stérilisé toute analyse indépendante. Et quand certains défendaient les informations de leurs espions, comme le général Proskourov à la tête du renseignement militaire, ils étaient exécutés.
La ruée des panzers aurait-elle pu être enrayée en 1940 ? Le raid japonais sur Pearl Harbor se préparait-il réellement dans le plus grand secret ? Les plans du Viêt-Minh à Diên Biên Phu en 1954 ont-ils été éventés par le renseignement français ? Plus récemment, l’émergence de Daech en Irak, l’invasion de l’Ukraine ou l’attaque du Hamas contre Israël auraient-elles pu être contrecarrées ?
L’historien et journaliste Maurin Picard publie une somme de 400 pages aux éditions Nouveau Monde (Quand les services secrets avaient raison) dans laquelle il revient sur plusieurs grands échecs qui auraient pu être évités si les responsables politiques avaient fait confiance à leurs services de renseignement. Son postulat tient en une phrase : le pouvoir, prisonnier de ses certitudes, de ses biais cognitifs, de ses rivalités internes, refuse obstinément d’entendre certaines évidences.
La ruée des panzers aurait-elle pu être enrayée en 1940 ? Le raid japonais sur Pearl Harbor se préparait-il réellement dans le plus grand secret ? Les plans du Viêt-Minh à Diên Biên Phu en 1954 ont-ils été éventés par le renseignement français ? Plus récemment, l’émergence de Daech en Irak, l’invasion de l’Ukraine ou l’attaque du Hamas contre Israël auraient-elles pu être contrecarrées ?
L’historien et journaliste Maurin Picard publie une somme de 400 pages aux éditions Nouveau Monde (Quand les services secrets avaient raison) dans laquelle il revient sur plusieurs grands échecs qui auraient pu être évités si les responsables politiques avaient fait confiance à leurs services de renseignement. Son postulat tient en une phrase : le pouvoir, prisonnier de ses certitudes, de ses biais cognitifs, de ses rivalités internes, refuse obstinément d’entendre certaines évidences.
Le « plan jaune » qui pouvait éviter la drôle de guerre
Picard revient notamment sur la rocambolesque affaire du « Plan jaune » qui aurait peut-être pu changer le cours de la « drôle de guerre ». Le 10 janvier 1940, raconte-t-il, deux officiers allemands décollent de Münster à bord d’un petit Messerschmitt de liaison. Ils ont dans leur cockpit les instructions secrètes de la Luftwaffe pour l’invasion de la Belgique et des Pays-Bas. L’avion s’écrase en Belgique. Les dix feuillets dactylographiés, avec leurs cartes annotées de couleurs, livrent un luxe de détails sur les plans d’invasion nazis.
Mais la France ne veut pas y croire. C’est trop beau, trop gros pour être vrai. Le général Gamelin, commandant suprême français, y voit au contraire la confirmation de ses propres certitudes : les Allemands passeront par la Belgique, comme en 1914. Et non par les Ardennes, un angle mort mental. Philippe Pétain avait d’ailleurs tranché dès 1934 : « La forêt des Ardennes est impénétrable. Ce secteur n’est donc pas dangereux. »
Malgré d’excellentes sources, l’état-major va s’enfermer dans cette conviction. Et tant pis pour les informations rapportées par Hans-Thilo Schmidt, employé du chiffre au ministère de la Reichswehr qui avait fait le récit d’un déjeuner entre son frère (général dans l’armée) et Hitler détaillant les plans d’attaque de l’Allemagne sur l’Hexagone. Il ne sera pas écouté. Tout comme les autres sources françaises en Allemagne. Ou même le Vatican qui prévient Paris de l’imminence de l’attaque allemande.
La morgue de l’état-major
À Diên Biên Phu, le renseignement fonctionne remarquablement. Le 2e Bureau détecte l’arrivée des divisions rappelées par Giap, le chef de l’Armée populaire vietnamienne. Le général Henri Navarre est alors saisi d’un « horrible doute ». Le 1er janvier 1954, il écrit une note confidentielle : « Il y a deux semaines encore, j’estimais nos chances de succès à 100 %. Mais devant les moyens nouveaux que des renseignements très sérieux nous annoncent, je ne puis plus garantir avec certitude le succès. »
Pourtant, il ne change rien. La morgue de l’état-major est sidérante. Le colonel Piroth, chef de l’artillerie : « Les Viets ne peuvent pas amener de l’artillerie si loin. Mais s’ils y parviennent, elle sera détruite par les tirs de contre-batterie. Des canons, j’en ai plus qu’il m’en faut ! » L’armée fait larguer des tracts dédaigneux : « Qu’attendez-vous pour déclencher cette bataille ? Venez, je vous attends. » L’attaque vient le 13 mars 1954… Avec le résultat que l’on connaît.
Daech, une modeste équipe de basket
Avec une foule de détails, Maurin Picard revient également sur plusieurs événements récents. Comme l’émergence de Daech : un dossier accablant pour l’administration Obama alors qu’en janvier 2014, Falloujah tombe aux mains de l’« État islamique en Irak et au Levant ». Obama minimise avec une métaphore sportive restée tristement célèbre : « Si une équipe lycéenne de basket-ball revêt les chasubles des Lakers, ça ne fera pas d’eux des Lakers. » Six mois plus tard, Mossoul, deuxième ville d’Irak, s’effondre en quarante-huit heures.Une garnison de 30 000 hommes décampe devant 1 500 assaillants. Les forces de sécurité irakiennes, dont la formation avait coûté entre 8 et 25 milliards de dollars au contribuable américain, se désintègrent. Le numéro deux de la Defense Intelligence Agency, David Shedd, avait pourtant tiré le signal d’alarme dès juillet 2013 à l’Aspen Security Forum : les islamistes « ne rentreront pas chez eux quand ce sera fini. Ils se battront pour du territoire, ils sont là pour longtemps ».
Maurin Picard relève aussi que le renseignement américain a été manipulé de l’intérieur : des analystes de la DIA découvrent que leurs conclusions ont été « soigneusement aseptisées » par le commandement central. Lorsqu’une unité irakienne est décrite comme battant en retraite, la phrase est modifiée pour indiquer qu’elle est « partie renforcer une autre garnison ».
Les « guetteuses » et le Hamas
Picard revient aussi sur l’attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023. Dans ce cas, même si les responsables politiques israéliens ont une large part de responsabilité, ce sont surtout les responsables des services qui ont refusé d’écouter les « petites mains » et les agents de terrain. Il raconte l’histoire des tatzpitaniyot, les « guetteuses » de la base de Nahal Oz, ces jeunes soldates chargées de la surveillance 24 heures sur 24 de la frontière de Gaza qui ont alerté pendant des mois leur hiérarchie.
Dans des rapports aujourd’hui publiés, elles s’inquiétaient de ces « ornithologues amateurs » posant leurs cages au pied de la clôture. Des visages nouveaux apparaissent, qui ne sont pas des habitants habituels. Des convois de véhicules tout-terrain du Hamas longent la frontière, leurs occupants photographiant les emplacements de surveillance. Plus accablant encore : le New York Times révélera que les services secrets israéliens avaient intercepté le plan de bataille du Hamas un an à l’avance.Le « Mur de Jéricho », document de 40 pages, décrit un assaut méthodique correspondant point par point à ce qui se produira le 7-Octobre. Le 6 juillet 2023, une analyste de l’unité 8 200 découvre que le Hamas vient de se livrer à un entraînement grandeur nature incluant la « capture d’un kibboutz, d’une base militaire et le massacre de tous les cadets ». Elle est éconduite par sa hiérarchie. « Totalement imaginaire », tranche un colonel.